Sebastian et Tobias, créateurs d’Humiecki & Graef

J’ai reçu plein de demandes concernant les parfums Humiecki & Graef. A l’occasion de la sortie de leur dernière nouveauté, Bosque, Tobias Mueksch, l’un des deux créateurs de la maison avec Sebastian Fischenich,  a pris  le temps de répondre à quelques questions sur leur parfum et le parfum en général !

Sebastian Fischenich et Tobias Mueksch
Sebastian Fischenich et Tobias Mueksch Humiecki & Graef

Mes-Parfums : D’où vient votre passion pour le parfum et quel a été votre parcours pour y parvenir ? D’où vient le nom de la marque (j’ai lu que c’était un hommage à vos grands-mères respectives) ?

Tobias Mueksch : Mon associé Sebastian Fischenich a toujours été attiré par la  parfumerie. Il avait déjà travailler dessus lors de ses études à l’Université des Arts de Berlin. Le parfum est également un sujet que nous avions travaillé avec notre agence Bel Epok à Zurich et Cologne, où nous avons créé des concepts de parfum et de design pour de grandes entreprises dans le domaine de la parfumerie.

Humiecki & Graef a pour vocation de proposer un parfum de niche, basé sur la volonté d’exploser les basiques de la parfumerie classique et de les ré assembler en un ensemble complètement nouveau. Le résultat est quelque chose de néo-traditionnel, dans le sens où la marque essaie de garder l’héritage du travail de la haute parfumerie, mais en même temps, en fusionnant les racines de cette parfumerie classique en un tout contemporain, combinant tradition, sagesse et modernité. En créant la marque, nous avons pensé, Sebastian et moi, que ce concept était assez proche de ce que nos grands-mères représentaient ! Nous avons donc décidé d’utilisé leurs noms de jeunes filles pour la marque. En un sens, c’était pour leur rendre un petit hommage, en souvenir des relations très étroites que nous avions avec elles.

M-P : Quel a été le premier parfum qui vous a marqué ? Quels sont vos parfums favoris ? Que portez vous comme parfum, aujourd’hui ?

Jicky de GuerlainT. M : Le premier parfum dont je me souvienne, c’est Jicky de Guerlain. Ma mère avait l’habitude de le porter. J’ai été élevé en Afrique, et j’ai le souvenir de cette odeur inoubliable lorsque ma mère le mettait pour les grandes occasions. Il est resté longtemps dans l’air chaud du soir, après que mes parents soient partis. C’est aussi pourquoi c’est un de mes parfums favoris. Je le considère comme le premier parfum mixte créé, même si ça n’était sans doute pas fait exprès ! Pourtant aujourd’hui je le trouve toujours moderne et il a encore ce côté mixte très contemporain.

Actuellement je porte Bosque, notre nouveau parfum, qui est parfait pour ce début de printemps, doux et ensoleillé. En hiver je porte plutôt Multiple Rouge, une autre de nos créations. A côté de ça, j’aime porter les parfums de Montale et de Pierre Guillaume (Ndlr : Parfumerie Générale).

M-P : Vous avez travaillé avec de grand nez, tel que Christophe Laudamiel. Comment résumerez-vous le travail d’un nez ? Comment se passe la création d’un parfum : est-ce le nez qui vous propose des jus, à partir des idées que vous pouvez émettre, ou participez-vous plus activement à la recherche du jus ?

T. M : Le travail du parfumeur est l’un des plus importants dans le processus de création d’un parfum, bien sûr ! C’est lui qui transpose l’idée du concept dans un parfum. Travailler avec Les Christophes (Christophe Laudamiel et Christophe Hornetz) est toujours une expérience riche et enrichissante. Nous nous sommes rendu compte que nous étions capables d’assimiler très facilement toutes nos idées sur la fragrance voulue et d’en sortir des propositions intéressantes et très surprenantes !

Nous travaillons essentiellement en équipe. Sebastian Fischenich est le moteur dans le lancement générale de l’idée d’un nouveau parfum. Nous approfondissons ensuite cette idée en faisant un travail de documentation pour étoffer l’idée : des photos, des morceaux de musiques… Cette matière est utilisée par Les Christophes comme point de départ pour la création de la fragrance. Au début, il y a toujours une idée olfactive, et nous en débattons tous les quatre. Puis nous passons par une phase de test et petit à petit nous avançons vers le résultat final. C’est un travail très éprouvant, et c’est une chance et une grande opportunité pour moi de travailler dans une telle équipe !

M-P : On lit parfois que les parfums H&G sont plus des concepts que de véritables parfums. Pensez vous que le parfum aujourd’hui doit véhiculer autre chose qu’une simple odeur ? Qu’il est toujours une marque d’appartenance sociale ? Diriez-vous que H&G est comparable à de l’art contemporain, peut être un petit peu trop avant-gardiste pour le grand public ?

T. M : Certains disent que les parfums H&G sont plus des concepts que réellement du parfum, mais je ne suis pas d’accord. Bien sûr, ils ne sont pas aussi ordinaires que les autres produits commerciaux disponibles sur le marché. Mais proposer quelque chose de déjà existant n’a jamais été notre objectif ! Il y a tellement de marques dans la parfumerie de niche qui ont suffisamment d’ancienneté pour jouer dans la cour des grands – et certaines sont très intéressantes. Nous,  nous n’avons pas cette ancienneté, mais nous avons le sentiment d’un changement dans la façon dont les consommateurs accueillent les nouveaux parfums et les produits de luxe en général. Nous croyons qu’il y a une forte tendance au retour à des produits honnête, qui sont basés sur le contenu et le produit aussi bien que sur l’innovation. C’est la direction que nous prenons avec Humiecki & Graef, afin d’apporter quelque chose de nouveau au marché. Il n’aurait pas été utile de faire quoique ce soit d’autre, puisqu’il y a suffisamment de bonnes marques sur ce secteur de niche.

Certains affirment que nos parfums sont plus des ‘œuvres d’art’ que des parfums, mais nous ne ressentons pas cette différence. Honnêtement, nous pensons qu’ils peuvent être des produits de parfumerie normaux. Nous le voyons au travers des réactions de nos clients et acheteurs. Oui, d’un côté ils affirment qu’ils n’ont jamais rien senti de tel avant, mais ils pensent aussi que ce sont des parfums intéressants, qui apportent de nouvelles perspectives pour notre marché. De toute façon, des produits aussi pointus et hors normes ont rarement reçu immédiatement l’approbation d’un large publique, mais avec un peu de temps, les esprits changent…

M-P : Mes-parfums.com se veut une référence en matière de publicité de parfum.  Que pensez-vous de la publicité dans le parfum aujourd’hui ? Pensez vous que cela fait parti intégrante du produit, ou n’est-ce qu’un outil marketing ? Vous souvenez vous d’une campagne de publicité parfum qui vous ait marquée ?

BosqueT. M : La publicité de parfum est un outil marketing, évidemment, en particulier pour les grandes marques qui peuvent s’afficher dans la presse ou d’autres médias. Néanmoins, je pense que la communication contemporaine est essentiellement dynamique (en opposition aux images statiques) en grande partie à cause de l’importance d’Internet aujourd’hui. Les jeunes consommateurs sont tellement habitués à ce type de communication, que les images statiques semblent avoir de moins en moins d’impact.

N’importe comment, je ne pense pas qu’un visuel publicitaire entraîne un succès commercial du produit. Il y a beaucoup d’exemple de produits sur le marché qui se vendent très bien sans publicité. H&G a décidé de réaliser un support visuel pour accompagner nos produits, non pas pour s’en servir de support marketing, mais plutôt pour aller dans la continuité de notre travail, pour expliquer ce qui a pu être le point de départ de notre idée.

M-P : H&G n’est pas implanté en France. Pourquoi ? Quels sont vos projets futurs concernant les parfums ?

T. M : H&G sera lancé dans les boutiques françaises dès cette année ! Actuellement nous sommes toujours à la recherche du bon partenaire. Nous travaillons sur le développement de la marque, et nous en saurons plus à la fin de l’année.

M-P : Pensez vous que la crise économique a touché le monde de la haute parfumerie ? Va-t-il y avoir des changements majeurs dans la façon de créer dans les années à venir ?

T. M : Je crois que la crise de 2008 a eu un impact sur le marché des biens à la consommation en général. Je suppose que la situation économique globale a eu une forte influence psychologique, et il y a des tendances qui en ressortent : les consommateurs ont commencé à être plus critique vis à vis des produits. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il est plus important que jamais de créer des produits qui les touchent au cœur, qui sont honnêtes et bien pensés : un produit bien élevé, dirons-nous ! En tout cas, si cela continue à évoluer, il y aura eu un bon côté à cette crise. Laissons le temps nous le dire !

M-P : Pour conclure, je sais que vous aimez travailler sur les émotions : quelle serait l’émotion première qui vous guide aujourd’hui ?

T. M : Je ne souhaite pas parler de mes émotions personnelles d’aujourd’hui ! Mais généralement, quand je vais me coucher le soir, j’espère me réveiller le lendemain matin avec un sentiment de contentement et de curiosité !

M-P : Merci beaucoup pour ces réponses, et nous espérons pouvoir trouver vos produits en France dans un avenir proche !

3 thoughts on “Sebastian et Tobias, créateurs d’Humiecki & Graef

  1. Quelle interview ! Tres heureuse de trouver des détails sur les étoiles montante de la parfumerie. j’ai été très touchée par ce post, et je suis contente de voir que la parfumerie a de l’avenir !
    dommage de ne pas trouver ces parfums en France 🙁

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